Mille kilomètres séparent la Nouvelle Orléans de Louisville, sur l'Ohio. Les trajets en steamboats sont longs et pénibles pour les voyageurs. Des fermiers et des « gentlemen » louches passent le temps en tapant le carton. Très vite un jeu se développe, appelé « bluff », qui se joue à 4 joueurs et 20 cartes, chaque joueur recevant 5 cartes. Les enchères ont lieu une seule fois par coup. C'est déjà du poker avant la lettre.
Un témoin d'avant la guerre de sécession (1861) raconte, dans Poker Stories de Lilliard (1896) :
« Chacun de ces planteurs avait une fortune en poche sans vraiment savoir ce qu'argent voulait dire. Et évidemment, certains étaient de satanés joueurs. (?) Il y avait toujours une partie de cartes à bord, généralement du poker, et les joueurs en question étaient rarement gagnants. J'ai souvent vu mille dollars changer de mains sur un seul coup, d'autant qu'il n'y avait aucun plafond d'enjeu en-dehors de l'argent que le joueur pouvait montrer. Il n'était pas possible de le relancer au-delà de cette somme. Ces hommes rudes étaient également équipés d'armes blanches et de revolvers, et il n'était pas rare d'entendre parler la poudre. »
Vers 1840, ce jeu s'enrichit : on passe à 52 cartes pour accueillir plus de joueurs à la table, et on autorise un changement de cartes afin d'améliorer la main. Dès lors, un deuxième tour d'enchères apparaît. Le « vrai » Poker est né, le « Draw Poker » (poker à tirage). C'est l'ancêtre direct des pokers actuels, et on y joue encore dans certains endroits.
Après les steamboats, le Poker a connu une nouvelle poussée à partir de 1848, date de la première ruée vers l'or en Californie. Les villes pionnières étaient constituées à 90% de saloons, de bordels et de maisons de jeu, où les pépites du métal précieux changeaient de main à toute vitesse.