Poker Alice
«
J’ai joué des millions, gagnés et perdus. Mais quelle aventure cela a été !
»
Poker Alice
Née en Angleterre en 1851, Alice Ivers est arrivée aux Etats-Unis à l’âge de 12 ans, en Virginie. Sa famille n’a pas tardé à filer vers le Colorado, à Salt Lake City, pour profiter des mines d’or. Plus tard, elle est retournée en Virginie pour y suivre l’éducation d’une jeune fille rangée, après quoi est elle revenue auprès de ses parents pour se marier avec un ingénieur des mines.
On la retrouve peu après à la table de pharaon de la Gold Dust Gambling House, contre les plus grands flambeurs de l’époque. Comment est-elle arrivée là ? Cela reste un mystère. Mais rien n’arrête une femme déterminée, comme l’Histoire nous l’a prouvé maintes fois. Cette jeune femme habillée comme une princesse mélangée à de rudes mineurs mal dégrossis a attiré les foules. Les joueurs ont vite appris qu’il valait mieux ne pas trop s’y frotter. C’était une excellente joueuse. Elle semblait prendre un réel plaisir à se trouver seule face à une flopée d’hommes, à montrer qu’elle était capable de leur tenir tête sur leur terrain.
Pourtant, un joueur du nom d’Hardesty a tenu à exaucer ses désirs : jouer contre lui. Vers minuit, Hardesty clamait : « La banque est fermée pour ce soir. » Alice venait de faire sauter la banque ! « Chance du débutant », disait-on autour d’elle. Le lendemain matin, elle est revenue sur place, a acheté la banque et a affronté les joueurs. Le soir même, elle rentrait chez elle avec 1.500 dollars de plus, une somme énorme pour l’époque.
Elle a ensuite tenté sa chance au blackjack. « J’y ferai plus d’argent qu’au pharaon », dit-elle à son mari qui voulait l’en dissuader. Ce qui fut dit fut fait. Elle avait battu le banquier en trois heures. Les observateurs expliquent ces faits par la capacité unique qu’avait Alice de calculer ses chances.
La vie de Poker Alice se mit à tourner uniquement autour des jeux de cartes. Elle n’avait aucun égard pour l’argent, qu’elle dépensait sitôt gagné. Mais c’est peut-être aussi pour cela qu’elle pouvait en gagner énormément au jeu. Puis elle connut le veuvage à la suite d’une explosion minière. Elle devint itinérante, alla de ville en ville, où la légende dit qu’elle a triomphé, entre autres, de Bat Masterson et de Doc Holliday, à leur table de Poker.
Elle finit par échouer à Deadwood, dans le Dakota du sud, où elle se maria avec un certain Tubbs, joueur professionnel. Deux mois plus tard, elle tue un joueur qui avait traité son mari de tricheur. Le couple quitte la ville pour Sturgis, où il s’installe dans une ferme pour élever des porcs. En 1910, Tubbs meurt d’une pneumonie. Sa femme vend la ferme puis ouvre un casino, toujours à Sturgis. Elle se marie ensuite avec George Husckert, lequel meurt au bout de trois ans.
Alice ne s’est plus remariée. Elle était souvent soule et fumait de gros cigares. A 79 ans, son médecin lui a prescrit une opération à la vessie. « C’est vous qui donnez les cartes », dit-elle. « Je jouerai la main que je recevrai. » Elle meurt sur la table d’opérations le 27 février 1930. Ruinée.
François Montmirel
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